C'est parti. Le 30 Janvier 2013, c'est le top départ pour trois mois de voyage à travers le Sud de l'Inde. Au programme: manger du riz, tester l'ayurvédisme, apprivoiser une vache sacrée, et en prendre plein les yeux.
1 Février 2013
Jeudi 31 Janvier
J’imagine que ceux qui liront ces lignes me connaissent un minimum, ils ne seront donc pas surpris de savoir que ma chance a encore fait des siennes. Je vais vous raconter une histoire qui marque le début de mon périple, et dont je me souviendrai un long moment.
Nous sommes le jeudi 31 Janvier, et le Boing 777 d’Air India atterri à 10h sur les pistes de l’immense aéroport de Delhi. Un peu de repos après 8h de vol, ou plutôt une pause de 5h avant de reprendre un autre vol intérieur qui m’emmènera vers Chennai, dans l’Etat du Tamil Nadu. Je sors de l’avion avec une tête de malpropre qui ne comprend pas pourquoi il se fait réveiller sauvagement si tôt (10h heure locale, c’est 5h30 du matin chez nous, et ça pique.). L’aéroport sera mon terrain de jeu, ou plutôt le théâtre de mes premières observations indiennes, bien que peu représentatif de la population indienne puisque seules les classes sociales les plus élevées peuvent se permettre de voyager.
1h30 avant d’embarquer pour mon deuxième vol a bord d’un nouveau coucou d’Air India, je me trouve une petite banquette douillette où je me prélasse devant les grandes baies vitrées qui donnent sur les avions en partance. La pause est agréable, la somnolence m’étourdie, et il est déjà l’heure de repartir. Les passagers se pressent au guichet, et par chance, ma banquette étant juste à côté, je suis un des premiers à monter dans l’avion. Je passe les contrôles habituels, descends les dédales pour arriver aux portes de l’avion. Le couloir étroit m’emmène jusqu’au fond de l’appareil où ma place m’attend sagement. Je pose mes affaires, et comme à mon habitude j’ouvre mon sac pour en sortir mes affaires personnelles. Horreur. Le sac bandoulière qui renferme ma précieuse caméra (Gopro pour les fins connaisseurs) a disparu. Il n’est pas dans mes poches. Il n’est pas non plus autour de ma taille, et je commence à comprendre. J’ai du laisser le sac à l’abandon quelque part dans l’aéroport.
PANIQUE. Je rebrousse chemin alors que tous les passagers embarquent. Je tente de me frayer un chemin et manque de renverser quelques grands-mères, jusqu’à atteindre la porte d’embarquement où un aimable policier indien m’arrête dans ma course. Je bafouille des mots incompréhensibles qui se veulent paniqués et pressés. On m’ouvre le chemin, en échange de mon billet d’avion. Il est 17h05, l’avion décolle à 17h15. Je dois retrouver mon sac dans l’immensité de l’aéroport indien, super premier jour.
Là, vous vous demandez comment tout ça se termine. Accrochez-vous, je vais vous racontez, même si je n’en reviens toujours pas.
Tout d’abord je fonce vers les sièges où j’ai posé mes fesses durant les 5h d’attente sous les regards incompréhensifs d’une foule d’indiens interloqués. Tel un Husain Bolt, je cours de long en large en slalomant entre les voyageurs et autres sacs encombrant le passage. C’est la merde : pas de sacoche. Et puis je me rends à un poste de police que j’avais remarqué dès mon arrivée, qui m’indique un guichet d’informations (merci les gars). La fille comprend tout de suite ce qui m’amène, et lorsqu’elle me demande la marque de la caméra et le contenu du sac, je manque de lui sauter au cou. Elle commence à décrocher son téléphone, s’arrête, puis me demande quel est mon vol. Là, elle rigole moins. Elle me dit de courir alerter les responsables d’embarquement (quelques centaines de mètres plus loin) que cela ne prendra pas plus de 10 min et me demande d’écrire une « request » en même temps pour le bureau des objets perdus-retrouvés. Il est 17h12. Je n’y crois pas. Je tente le tout pour le tout. Je rejoins la porte d’embarquement où une foule d’indien me pose des questions tous en même temps, toujours sous l’œil intrigué des voyageurs de passage. Je leur explique, ils me disent que je vais manquer mon avion. Je leur dit que cette caméra vaut plus chère que le prix de leur billet, mais que ce serait un geste sympathique s’il daignerait m’attendre 5 min (allez, peut-être 10) de plus. En insistant et m’aidant d’un regard de petit garçon apeuré, ils finissent par accepter. J’ai quelques minutes de plus. Je finis ma request –ou plutôt mon gribouillage-, et je repars en sprint dans l’autre sens. Au passage j’aperçois deux indiens chronomètre en main en train de parier sur moi. Alors j’en remets en coup, et… STOP ! Je m’arrête brusquement devant un indien (décidemment, ils sont partout) moustachu qui semble bien détenir mon précieux graal. Il me pose un tas de questions pour savoir si je suis bien le propriétaire de la sacoche ; je lui décris mon petit rangement de maniaque en rajoutant quelques détails techniques. L’homme, impressionné, ne me tendra pas tout de suite la sacoche. Il m’aidera à passer les derniers barrages de la porte d’embarquement et à rejoindre mon avion. Puis il me tendra le précieux, et moi de manquer de lui sauter au cou ; je me retiens en me souvenant que le contact physique n’est pas vraiment la coutume dans le coin. Je rejoins l’avion où les hôtesses m’assènent de regards maternels ; je les regarde comme un fiston ayant fait une connerie, et je traverse l’avion pour rejoindre ma place tout au fond à droite.
A ce moment là, je n’arrive pas à croire tout ce qui s’est passé, et surtout de la chance que j’ai eu. Je me promets que ça me servira de leçon. Je suis dans les airs, la sueur luisante au front. Le voyage commence enfin.