C'est parti. Le 30 Janvier 2013, c'est le top départ pour trois mois de voyage à travers le Sud de l'Inde. Au programme: manger du riz, tester l'ayurvédisme, apprivoiser une vache sacrée, et en prendre plein les yeux.
8 Mars 2013
En voyage, il m’arrive toujours des trucs pas croyables.
Vous me direz, c’est fait pour ça le voyage. Pour sortir du quotidien et échapper au train-train de la vie qui nous happe, rien de mieux que de partir explorer des contrées lointaines où les hommes vivent différemment. Bon, avant de vous dire ce qui m’est arrivé de si peu banal, je vais tenter de vous dire qui sont les indiens. Après tout si les paysages de l’Inde peuvent être époustouflants au détour d’un virage, les 1,3 milliards d’indiens sont partout et ce sont eux que vous verrez ici que vous le vouliez ou non.
Les indiens sont des animaux assez similaires à nous autres, européens. Ils évoluent sur deux pattes et sont capables de réaliser des prouesses techniques avec leurs mains et leur pouce pré-anseur. La forte exposition au soleil a pigmentée la peau jusqu’à ce qu’elle devienne brune, presque noire. Les indiens qui vivent sur la partie australe de la péninsule ont une peau plus foncée que ceux du nord.
Physiquement, quelques caractéristiques sautent aux yeux de tout étranger posant un pied sur le sol indien. Tout indien digne de ce nom se doit de porter la moustache. A 16 ans, il convient de rentrer dans le club des adultes et de tailler les premiers poils. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je sais juste que tout le monde en porte, un peu comme dans nos anciens temps où les hommes se frisaient la moustache en bon gentilshommes. Si cette époque est révolue chez nous, le paradis de la moustache existe encore au grand dame des hipsters à la mode, et c’est en Inde que vous trouverez les plus beaux spécimens. La mode indienne est assez conformiste pour des yeux d’européens. Les hommes s’habillent tous en chemise, et portent un pantalon ou un dhoti ; sorte de linge fixé autour de la taille qui est souvent remonté au-dessus des genoux. Il n’y a pas si longtemps, j’ai vu un homme s’essuyer les mains avec son linge, et j’ai été surpris de voir qu’il ne portait rien en dessous !! Le dhoti permet donc de faire respirer l’entre-jambes en cas de grosse chaleur.
Les femmes portent pour la plupart un genre de tee-shirt très moulant qu’elles recouvrent d’un sari, ou bien une tunique. Leurs habits sont généralement colorés et très jolis avec de la dentelle, des motifs brodés et un genre d’écharpe dont elles peuvent se couvrir la tête ou simplement laisser tomber comme un col depuis les épaules. Elles s’attachent souvent leurs longs cheveux en nattes et leurs bras sont parés de milles bijoux. Les bagues, bracelets, colliers, et boucles d’oreilles sont le plus souvent en or, car la femme qui porte des bijoux se doit de montrer la richesse de son foyer. On dit que les femmes indiennes possèdent plus d’or que les banques suisses et le trésor américain réunis. Franchement c’est possible. Dans chaque ville, vous trouverez un magasin de bijoux resplendissant à côté des petites gargotes proposant du thé, les publicités montrant des stars bolliwoodiennes arborant colliers et bracelets en or occupent les meilleures places sur le bord des routes. L’or est partout, il faut que ça brille, et je suis souvent surpris par l’image bling bling que les indiens cherchent à arborer avec tout leurs accessoires.
Bon, varions les plaisirs ; j’étais parti pour vous raconter ce qui m’est arrivé de pas banal en ce jour du 5 mars. Après avoir passé la nuit dans un dortoir délabré à Thenmala, j’ai repris la route le matin en étant bien décidé à continuer à voyager de la sorte. J’étais arrivé la veille dans le hameau après 4h de route. J’ai vite déchanté quand j’ai vu à quoi ressemblait le premier centre d’écotourisme du pays, et encore plus quand on m’a annoncé le prix d’une nuit. Le charmant jeune homme qui m’accueilli m’expliqua gentiment que je devais payer le prix pour les dix lits du dortoir même si j’étais tout seul. Ce qui faisait 1600 roupies ; avec ça je dors dans un palace avec piscine. Or la chambre n’était pas tout à fait charmante, puisque plusieurs lits superposés à 3 places occupaient tout l’espace de la pièce qui ressemblait à un chantier de bâtiment avec ses échafaudages en pagaille. J’ai dit « no way, may I see your manager ? ». A ma demande cordiale, le jeune homme s’exécuta. Le manager du centre fut beaucoup plus compatissant et me laissa dormir dans le dortoir pour 160 roupies (2,20 euros). C’est déjà mieux. Le lendemain il m’accorda un entretien pour ma recherche et son aide fut très précieuse.
Une fois les au-revoir pliés, je mis cap sur Konni. Dans cette petite bourgade perdue, un autre centre d’écotourisme spécialisé dans les éléphants m’attendait. Pour être honnête je n’y ai rien découvert d’étonnant, à part peut être que les animaux avaient été capturé, que les éléphants sont enchaînés et n,’ont pas l’air très heureux, et que le guide se vantait de la technique utilisée pour la capture des pauvres pachydermes. Malgré mon scepticisme face à cet « écotourisme », je me laissais tenter par une balade à dos d’éléphant ; je n’ai pas fait tout ce chemin pour rien ! La bête m’accueilli sur son dos bossu et nous dévalâmes quelques pentes sous le rythme nonchalant du monstre. C’est assez surprenant de se laisser porter par un animal aussi puissant et majestueux, et croyez moi la vue est inégalable !
Et puis la journée déjà bien entamée, je décidais de me dépêcher un peu. Je ne savais pas très bien où dormir, mais je savais que la petite ville de Kumily pouvait être une étape sympathique pour la nuit. De là bas, on peut rejoindre le parc Peryar qui a beaucoup fait parler de lui pour son écotourisme actif censé protéger les tigres dans leurs habitats naturels. Plusieurs constats ont été faits, positifs et négatifs, sur le travail mené par ce centre et ses anciens braconniers reconvertis en guide. Le mieux reste d’aller voir par soi-même. Alors je prends un énième bus sans vraiment savoir si je pourrais atteindre la petite ville avant la tombée de la nuit. Kumily est perchée dans les collines des ghats occidentaux (petite chaîne de montagnes), et il faut quelques heures de trajet pour s’y rendre (un cholet-paris pour les connaisseurs).
Au hasard d’un arrêt de bus, le garçon aux tickets me demande où je me rends. Un certain Santhosh me dit de le suivre car il connait un bus plus rapide pour rejoindre Kumily où il réside. Je le suis, lui accordant naïvement ma confiance comme à mon accoutumée. Effectivement, nous ne mirent que 3h30 plutôt que 4h de trajet. Pendant que le bus fonçait sur les petites routes escarpées, j’ai eu le temps de faire la connaissance de mon nouvel ami. Santhosh est pasteur et prêche la parole du Christ. Il a 37 ans et est marié à Reema, 31 ans. Ensemble, ils ont deux petits bouts de 10 et 3 ans et demi. Il me propose de rester séjourner chez lui et sa famille, puisqu’il a quelques jours de libre. Un de ses amis suèdois qui lui rend visite chaque année (il vient avec des fournitures scolaires et des bibles grâce à son association) possède un appartement dans une des maisons du voisinage. Il me parle longuement de son ami, sans doute pour me rassurer et me montrer qu’il est habitué à recevoir des étrangers chez lui.
Arrivé à Kumily, je suis mon nouveau pote Santhosh, nous allons acheter des pâtes pour le repas du soir, et un rickshaw nous emmène chez lui où nous attend la petite famille. Les enfants sont adorable et très joueurs, et je me laisse prendre à leurs jeux de balles comme si j’avais quelques années de moins ! Je suis reçu comme un roi, avec les couverts réservés aux invités, de l’eau qu’on fait bouillir pour éviter que je sois malade, et tout le monde s’essaie à parler un peu d’anglais. Je suis au comble, c’est une rencontre simple, belle, généreuse. Après 3 jours passés dans la famille, je me sens comme chez moi. La porte m’est toujours ouverte pour un thé ou pour une conversation, je suis invité à manger matin, midi et soir, et Santhosh me montre les alentours du village avec sa super moto. Alors je respecte, j’amuse, je raconte mes histoires et exagère mes grimaces pour que la communication soit facile et agréable. Et chacun y va de son mot, Seepan me récitant ses leçons d’anglais et moi lui corrigeant ses devoirs, Reema me racontant les détails de sa cuisine dans son anglais débutant mais déjà assuré, Shantosh faisant un guide merveilleux et tentant de me glisser quelques versets de l’ancien testament lorsque l’on aborde un sujet comme le mariage, la cigarette ou les enfants. Evidemment nos avis diffèrent, et c’est une chose qui, on le sait, ne doit pas nous fâcher (même s’il est parfois difficile de laisser les remarques au placard), mais il y a tant à apprendre des uns des autres que l’échange est magique.
Je pense rester quelques temps ici, comme l’endroit et les gens sont chouettes, le climat pas étouffant, et surtout le projet d’écotourisme prometteur !
Je suis à 4km du Peryar Wildlife Sanctuary. C’est un endroit incroyable, que je vais essayer de vous décrire… Imaginez vous 800 km² carré de forêt protégé où vivent tigres, éléphants, biches, oiseaux, et bien d’autres espèces de faune et de flore dont vous n’avez jamais entendu parler. La rivière Peryar qui alimentait les bois a été coupé au début du XXème siècle, et il ne reste aujourd’hui qu’un lac au milieu de la forêt où circulent quelques bateaux de touristes, appareils photo aux aguets, prêts à prendre des clichés du moindre rouge-gorge passant dans le coin. Cette réserve est connue pour être un exemple en matière d’écotourisme, et c’est vrai que ça promet ! Il y aurait encore 250.000 personnes vivant dans et aux abords de la forêt, qui vivent traditionnellement de la chasse et de la culture des plantes endémiques. Malgré l’ouverture du parc, ceux là n’ont pas tardé à voir les bénéfices qu’ils pourraient tirer de l’activité de braconnage et de revente des plantes rares. Et puis l’état du kerala s’en est mêlé en lançant sont programme d’écotourisme. Ils ont proposé aux communautés locales de protéger leur habitat naturel plutôt que de l’exploiter nocivement, et leur ont proposé de s’investir dans le tourisme pour avoir des revenus fixes. Plusieurs communautés ont accepté, et aujourd’hui c’est toute une population qui propose ses services et sa connaissance pour un tourisme restreint, cher, et ayant pour but de valoriser et protéger l’espace naturel. Ainsi vous pouvez faire des choses exceptionnelles grâce à l’écotourisme. L’attraction principale proposée est le Tiger Trail. Vous partez avec 5 guides et un garde forestier armé dans la forêt pour deux jours de trekking à la recherche des majestueux tigres de Peryar. Comme il n’y a pas de chemin ou de balises, chaque expédition est unique et empreinte des nouveaux sentiers. Dans ce genre d’expédition il n’est pas rare de tomber sur une horde d’éléphant en vadrouille, des buffles et biches en tout genre, et quelques bêtes carnivores qui vous tétanisent à vie ! Je pars apres demain pour tenter le Tiger Trail; ca fait rigoureusement parti de ma recherche: je vais pouvoir interroger d'anciens braconniers reconvertis en guides, pour peu qu'ils parlent anglais...
Avec les guides locaux, vous pouvez aussi passez la nuit dans la jungle, en tente ou au sommet des cimes, faire une excursion en radeau fait à partir de bambou, apprendre à travailler le bambou, passer la nuit dans des tribus isolées et apprendre de leur culture, etc. Autant vous dire que ça décoiffe, et que les prix s’envolent pour une bonne raison : ce genre de tourisme est unique en son genre. Quoi qu’il en soit j’espère que vous avez compris de quoi il s’agit, parce que c’est ce que je tente d’étudier pendant ce voyage. Mon mémoire s’intéresse au lien entre l’activité touristique et les communautés locales. Quelle éducation, sensibilisation y a-t-il pour les touristes, pour les locaux, afin que tout le monde partage les mêmes idées ? Est-ce que l’activité touristique se substitue aux commerce illégal ? Est-ce que tout le monde peut subvenir à ses besoins grâce au tourisme ? Quels conflits y a-t-il au sein du projet ? Voilà quelques unes des questions auxquelles je vais essayer de répondre en m’incrustant auprès des managers du centre d’écotourisme.
Bon il va etre l’heure du the, alors je vais troquer l’ordi contre un verre de chai bien sucre, et je vous dit a bientôt ! Desole pour le peu de photo (hum), mais les connections sont tellement pourries que je mets un quart d'heure pour vous faire parvenir ces quelques slignes.
Au moins vous avez des news :)
Take care
Tschuss