C'est parti. Le 30 Janvier 2013, c'est le top départ pour trois mois de voyage à travers le Sud de l'Inde. Au programme: manger du riz, tester l'ayurvédisme, apprivoiser une vache sacrée, et en prendre plein les yeux.
12 Avril 2013
Salut à tous depuis un trou paumé quelque part dans l’Etat du Karnataka, près de la ville de Mysore. Je suis là dans ma petite chambre qui donne sur la nationale locale à me reposer après une journée intense, et tout à coup je réalise que nous sommes demain Mercredi 10 avril. Il me reste trois semaines dans ce pays incroyable qu’est l’Inde. Alors je me dis, et si je partageais un peu mon quotidien avec ceux qui sont loin et ignorent tout de cet endroit ; j’éteins la télé, je me mets sur l’ordi la musique dans les oreilles. Je m’en vais vous donner un aperçu de mon quotidien ici bas…
J’ai quitté la petite ville de Munnar il y a maintenant 5 nuits, soit le mardi 5 avril. J’ai l’impression que ça fait deux semaines que je suis parti, mais ce n’est pas vraiment étonnant. Il se passe tellement de choses quand on bouge, beaucoup plus que lorsque l’on reste au même endroit pendant plusieurs jours d’affilé. Alors comme je suis réellement resté deux semaines à Munnar pour comprendre un peu comment se déroule l’écotourisme là-bas (mon étude rappelez-vous ^^), j’étais content de sauter dans un bus pour reprendre la route. Je comptais m’arrêter à Wayanad pour faire plus ou moins la même chose, mais un petit imprévu m’a forcé à repartir après seulement une nuit passée dans le district verdoyant. Wayanad est soi-disant le plus bel endroit du Kerala selon les dires de ses habitants, l’Etat du Sud de l’Inde où se déroule mon étude. On trouve deux réserves nationales ici, qui abritent une faune et une flore incroyable. Des panneaux sur le bord de la route vous avertissent qu’un éléphant peut traverser d’un moment à l’autre, il y a de la forêt tropicale partout, des arbres exotiques qui vous protègent gentiment du soleil, des rizières d’un vert à peine croyable et la vie locale qui se déroule tranquillement, chacun vacant à ses occupations pendant que le soleil fait sa ronde. Seulement voilà, les deux parcs étant fermés jusqu’à ce que les menaces d’incendie ne cessent (la mousson doit passer par là dans deux mois, d’ici là le Sud de l’Inde est un four), il n’y a pas grand-chose à faire dans les environs. Alors je suis reparti après être quand même allé faire un tour aux Edakkal Caves vieilles qui abritent quelques inscriptions dans la pierre de 6000 ans d’âge.
Tout ça pour vous dire que je ne me suis pas vraiment arrêté en route jusqu’à arriver jusqu’ici, dans cette petite chambre miteuse où les fenêtres n’empêchent pas vraiment le bruit du trafic de me tenir compagnie :/ Je sais à peu près où je vais, mais disons que je prends mon temps pour y aller. Il y a au centre de l’Etat du Karnataka un endroit qui s’appelle Hampi et qui est une ancienne cité jadis prospère et fastueuse, celle de la civilisation des … Je ne peux pas vraiment vous en dire plus sur la peuplade en question pour l’instant, mais je sais que cet endroit est un peu le Pompéï de l’Inde. Il y aurait plus de 400 temples éparpillés dans la campagne, et il faut louer une moto pour la journée pour aller rendre visite aux singes qui vivent dans ces vieux murs. J’ai hâte d’atteindre Hampi depuis un moment, et puisqu’Hampi se trouve à quelques 20h de bus de Munnar, il faut bien que je m’arrête en route J.
De Munnar je suis donc parti à 6h du matin en disant au revoir aux plantations de thé depuis ma fenêtre du bus, la musique dans les oreilles. Je voulais rejoindre Mettupalayam pour passer la nuit et attraper un train pour Ooty le lendemain. Ce qui faisait bien 5h de route, alors mieux vaut partir tôt dans ces cas là ! Changement à Coimbatore, grosse ville industrielle sans gros intérêt pour un étranger comme moi, je monte dans le train pour Mettupalayam pour une heure de voyage. Les voyages en train sont toujours un régal, parce que c’est un observatoire incroyable pour observer la vie dans les campagnes, et aussi pour faire des rencontres. Disons que l’aménagement des wagons est fait pour que vous engagiez la conversation avec le gars assis à côté, ou plutôt collé à vous. J’ai déjà chanté avec une famille en train, mangé toute sorte de snacks que les gens emportent avec eux pendant les longs voyages, passé mes écouteurs à une demi-douzaine de personnes… Le train, c’est cool, voilà tout. Mettupalayam en descendant du train, c’est moins cool. Une petite ville très animée, étant un carrefour entre plusieurs grandes villes et entre les états du Tamil Nadu et du Kerala. Aucu charme, beaucoup de monde. Dans ce genre d’endroit vous êtes assuré de ne croiser aucun autre blanc pendant la journée. Il n’y a aucun temple à visiter, pas de cinéma, pas de centre commercial et encore moins de piscine. Bref, rien à faire. Mettupalayam a un intérêt pour moi : c’est le point de départ d’un des plus vieux trains en circulation en Inde. Une vieille locomotive datant des années 30 vous tire à travers les collines des Ghats jusqu’à atteindre la fraîche Ooty située à 2200m d’altitude. Autant dire que ça grimpe, que le voyage vaut le coup d’œil malgré les 5h de trajet collé-serré, et que c’est l’occaz de faire quelques vidéos sympas. Seulement voilà en Inde tout est compliqué. Allez savoir pourquoi le seul train qui part met les gaz à 7h15 du matin, et même si l’on a un ticket et que l’on veut obtenir une place assise (et sur le côté de préférence) il faut être à la gare à 4h30/5h du mat’. J’y étais à 5h10, et il y avait déjà foule. Croyez moi, après vous être réveillé pour rien, après avoir traversé la ville en pleine nuit, et surtout après avoir évité les alcoolos coin (je dormais au dessus du bar du coin ; définition du bar ici : repère pour les hommes seuls en état d’ébriété qui jonchent le sol sans que cela ne pose problème à quiconque), on se sent rageux à 5h du mat. Et les familles qui essaient de vous faire la conversation pour vous passer devant… Raah, quand j’y repense ça m’énerve. Finalement j’ai eu un bon coup de bol, la dizaine de mec au début de la file avait oublié d’acheter leur ticket la veille, ils se sont donc fait logiquement viré (yes). J’ai pu m’asseoir, admiré le paysage, jouer avec ma précieuse caméra (sous les questions incessantes des zyeuteurs locaux), et finalement atteindre Ooty.
Une fois là-bas, je croise deux français que j’invite à partager une chambre pour la nuit (moins cher, et un peu de compagnie fait jamais de mal). D’ailleurs je leur passe le bonjour à Sébastien et Maxime, des gars du coin c’est pas tous les jours ici (angevins, ouais ouais !!). [J’espère que vous avez fait bon voyage les gars, bon courage pour la reprise] Ooty est une ville qui pourrait être vraiment sympa, nichée sur des petites montagnes, seulement c’est un endroit très populaire pour les indiens et les vacances viennent de commencer (les prix ont augmentés, gloups ça fait ch***). Alors je reprends la route après une soirée passée à boire des bières (c’est pas tous les jours, croyez-moi) avec mes français et un couple de suisses en vadrouille depuis neuf mois dans leur super 4x4 aménagé (voiture de rêve je vous jure !). C’est là que je passe par Wayanad pour une nuit et que je reprends la route pour Mysore, direction Karnataka. Je sais pas vraiment si je fait bien de vous raconter la suite, parce ça fait parti de mes moments du voyage, mais qui peuvent sonner un peu bête pour ceux qui liront ces lignes. Pas d’inquiétude please, tout va bien. A la station de bus de Sultan Bathery (mon bled au Wayanad), je m’achète une cigarette (6 roupies), je pose mon sac deux minutes, et voilà qu’un type arrive sur une grosse mobylette pétaradante. Une Royal Enfield rouge pétante avec quelques rides, mais roulant à merveille. Je salue le pilote en le félicitant pour sa monture, et il m’invite à essayer la bête en allant faire un tour. De toute façon mon bus n’est pas encore près d’arriveer, pourquoi pas. Bien sûr, les indiens étant généreux et très accueillant, ils vous accueillent gentiment chez eux sans gêne. C’est ce qui s’est passé ce matin là, pour mon plus grand plaisir. Ranesh et moi accroché derrière (armé de mon gros sac à dos), nous avons roulé pendant un quart d’heure à travers la forêt à la recherche d’animaux (on a vu quelques biches, des zozios, mais pas d’éléphant), et puis comme par magie nous voilà dans un petit village. Ranesh s’arrête près d’une maison où m’accueillent ses parents et son fils un peu interloqués de voir un blanc dans les parages. Je prends le petit déjeuner avec le chef de famille (le papa), je remercie la maman pour sa cuisine, je sers la main aux voisins, et Ranesh me remmène sur sa bécane après m’avoir invité à passer la nuit en famille. J’insiste pour repartir choper mon bus. Ranesh s’arrête pour me montrer sa boutique (la communication entre nous deux était assez limitée, moi ne parlant pas vraiment Malayalam, lui bredouillant quelques mots d’anglais). Et sa boutique vaut le coup d’œil. C’est une petite pharmacie d’Ayrurvéda. L’ayurvédisme, c’est une médicine traditionnelle plutôt mainstream en Inde qui consiste à prendre des plantes médicinales, des aliments organiques, à boire des lotions à base d’herbes, etc. Ce que je ne savais pas, c’est comment les indiens utilisent l’ayurvédisme. Plusieurs personnes se sont précipitées pour prendre quelques verres de produits recommandés par Ranesh. J’ai gouté à tout bien entendu, difficile de dire non dans certains cas. Au menu, un mélange d’alcool avec des herbes, une boisson au goût pas si déplaisant mais à la texture louche, et du miel frais. Après le défilé, je me dégote un interprète qui parle un peu mieux anglais que mon Ranesh pour lui demander de m’emmener à une station de bus pas trop loin (on trouve toujours quelqu’un qui parle plus ou moins anglais ici, mais mieux vaut articuler pour se faire comprendre ^^). Je retourne donc à ma station de bus, et pour le reste de la journée je suis assis/debout dans un bus qui m’emmène gentiment jusqu’à Mysore.
Mysore, c’est un sacré épisode. Il se fait tard, alors je vais essayer d’être bref. Mysore donc, c’est une sacrée ville. D’habitude les villes indiennes sont détestables, de véritables marées humaines où se concentrent pauvreté, bordel, saleté, j’en passe et des meilleurs. Pourtant Mysore fait partie de ces endroits qui ont une âme et où la vie locale est tout simplement magnifique. Le palais du sultan Tipu est somptueux, il y a des pièces superbes, des salles aux milles couleurs et des peintures qui retracent la vie du Maharajah. C’est immense, à peine croyable, et tellement beau. Et puis il y a aussi le marché, avec ses épices de toutes les couleurs, des légumes de toutes les formes, des stands tous plus beaux les uns que les autres. J’ai des dizaines de photos du marché mais pas du palais, photos interdites. Et puis je recroise le couple de suisse qui voyage en autonomie dans leur gros 4x4. On s’échange des bons plans, discute de nos étapes respectives, et on se fixe rendez-vous. J’ai rencontré un chauffeur de Rickshaw (vous savez ces petits véhicules taxis pot de yaourt que l’on trouve partout ici) avec qui j’ai négocié un bon prix pour aller visiter une fabrique de bidis (cigarettes locales, feuille de bétel roulée à la main) et une fabrique de bâtons à encens. Ils m’accompagnent pour visiter ces deux petites fabriques, en réalité une pièce avec des travailleurs assis en tailleur, concentrés sur le travail de leurs mains. On achète quelques exemplaires pour remercier l’équipe de leur accueil, et puis Dino et Fabia (le couple suisse ) me propose de partager un taxi pour aller voir un jardin à une quinzaine de km de la ville. Beaucoup de films Bollywoodiens sont tournés là-bas, ce sont un fait des fontaines aménagées sur l’eau en contrebas d’un barrage immense, où les indiens viennent en masse pour passer la soirée. Kitsch à souhait pour être honnête, mais j’ai passé une soirée surréaliste.
Le lendemain, on se retrouve à 9h après un rasage frais du matin dans un barber shop de Mysore. Meeting point : le palais, endroit central. Prise de photos, le couple m’invite à venir avec eux pour un bout de route dans leur super carosse. Ils se dirigent aussi vers Hampi (à dix heures de route) et il y a quelques trucs à voir sur la route : temples, palais d’été du sultan, statue taillée dans la roche, bref, j’accepte sans hésiter !!! Et puis en tournant la tête on aperçoit un terrain vague avec… des éléphants (c’était ce matin, j’ai l’impression que ça fait une semaine !). Dans beaucoup de temples, les éléphants sont utilisés pour bénir les pèlerins, et ils rapportent aussi un peu d’argent. On s’approche. Les éléphants se réveillent, un gros balourd prend un bain avec un indien qui le frotte, l’autre ne bouge pas, tout peinard ; deux autres jouent dans l’eau et se rafraîchissent avec leurs trompes. C’est le réveil. On nous propose de monter voir la vue d’en haut. Comment dire non. Bien sûr on sait qu’il faudra payer l’éleveur et aussi la police qui a 100m de là observe la scène en sachant qu’il faudra laisser quelques billets en passant obligatoirement devant eux. C’est comme ça ici. Donc on se balade sur les éléphants dans la cour du palais. Je vous jure, les éléphants, c’est poilu sur la tête et derroère les oreilles. Enfin, une super matinée au final, et puis à 14 h on prend la route. Comme c’est loin, on s’arrête pour la nuit, et me voilà dans ma chambre à tapoter sur mon ordi pour vous raconter un peu mon quotidien.
Sachez que ce voyage est extraordinaire. C’est un pays surprenant, bien souvent incompréhensible, dont nous autres européens nous ne savons absolument rien. Ici la vie est tout simplement différente. Du coup chaque endroit, chaque moment vous réserve des surprises, et parfois il faut avoir le cœur bien accroché.
C’est un pays où le calme et l’espace se font rares. La surpopulation, c’est vraiment une expérience dont je me souviendrais. Je me rappelle de mon arrivée en Inde, à Chennai, où la foule m’a laissé bouche béante complètement bloquée devant tant de monde. On s’y fait, ou on le vit mal. Ce n’est vraiment pas un environnement que je connaissais avant d’arriver. Ca peut être très agressif, complètement déconcertant, ahurissant. Je pense que certains voyageurs le vivent très mal tellement la marée humaine peut être oppressante. Mais si l’on prend le temps de s’arrêter regarder, on se rend compte que tout ce monde se côtoie comme partout ailleurs. Il y a du respect, beaucoup d’anonymat, peu de politesse c’est vrai, une liberté d’agir et d’être totale, et en même temps un conformiste poussée à l’extrême. Dur de vous expliquer ces ressentis, ça prendrait des heures, et je crois que je perdrais pas mal d’entre vous en route (si ce n’est pas déjà fait ;) Je me sens en sécurité totale lorsque je marche dans les rues des villes indiennes. C’est toujours ça ! On me regarde, on me dévisage, on me salue, on cherche à me prendre en photo, les enfants ont peur, les enfants me court après, c’est une aventure épique tous les jours, 7/7.
Autant vous dire que ceux qui croit que voyager c’est les vacances, ils se mettent le doigt dans l’œil. Il vaut mieux être en forme, patient, parler un bon anglais facilement compréhensible, et être complètement disponible. Ici vous oubliez tout ce qui se passe ailleurs, de votre vie en France à l’actualité mondiale. Pendant trois mois, je vis au moment présent. C’est vraiment un sentiment unique, génial, et je vous souhaite à tous de vivre l’expérience au moins une fois. Ce qui n’est pas facile, j’en ai conscience et j’y ai pensé spécialement aujourd’hui, c’est le retour. Passer d’une réalité qui est quotidienne pendant trois mois au retour à la maison, c’est pas toujours évident. Deux mondes, deux environnements complètement différents, séparés par une nuit dans un avion et 4h30 de décalage horaire. Dans 20 jours, je rentre à la maison. Ca c’est dit.
Merci pour cette longue lecture, j’espère que cela vous aura apporté quelque chose J
A bientôt
Axel